Après les Beaux-Arts, au lieu de se ruer dans une course à la carrière, Matthieu Sanchez a, comme il me l’a dit, « pas mal erré » pendant sept ans. Il ne faudrait pas entendre le verbe « errer » comme « être perdu », mais plutôt s’« aventurer », comme un voyageur, sans carte ni boussole (voir (link: page://61a883849c759b56 text: _Le Fugitif)_), cependant que, l’errance, chez lui, est toujours _heuristique_. De fait, pendant ces années, il a : exécuté des performances (sans public), écrit un livre, fait de la musique (avec public). Et puis, passé ce _gap_, il a commencé de solliciter galeries et institutions… Ainsi, dès le début de sa liberté prise, Sanchez devenait une « singularité ». Il y a plusieurs acceptions à ce terme, et je le prends dans son sens mathématique, soit quelque chose qui a à voir avec l’infini, ou une courbe à plusieurs tangentes. Veuillez transformer à l’instant cette « définition » comme _poétique_, car l’auteur de ces lignes n’est certes pas mathématicien. De fait, cette singularité à issues multiples (plusieurs tangentes, i.e., _expériences_), explique l’hétérogénéité de ses pratiques dont on saisit tout de même deux thèmes essentiels, énoncés par l’artiste lui-même : le « partage de l’expérience », et le témoignage « qu’il s’est passé quelque chose ». Le _faire_ chez Sanchez n’est pas anecdotique.
Si j’étais deleuzien (_Logique du sens_), j’en profiterais pour ajouter que la singularité, chez lui, signifie « événement nomade ».
De fait, ces tangentes, _expériences_ et _expérimentations_, prennent diverses actions, telles : Produire un film dont tout le sujet est l’enfermement et l’enfouissement d’un objet dans une boîte en fer ((link: page://cceb063b485d0ddc text: _Le souterrain_)), ce qui donne lieu à une sorte de recherche géographique quant au meilleur topos pour ce faire. Se photographier en pleine nature, en train de « chercher » le non-agir ((link: page://c72557ebb6882351 text: _L’ennui_)). Chanter et danser dans un style techno-punk détonant (série (link: page://624f097d587ea9d7 text: _Huile_)). Relater une expérience de visionnage de films pendant un an, dont on suppose qu’il va en voir beaucoup, quand il dit en avoir vu quinze ! Et cette expérience, titrée (link: page://ab138d6e09162507 text: _Pratique cinématographique – Récit vidéo_), qui était son mémoire de fin d’études, permet de découvrir (encore) une facette _princeps_ chez notre artiste, à savoir l’humour, car le récit, lu par l’auteur, est hilarant. On y apprend aussi des choses importantes : Saviez-vous que le _ginger ale_ espagnol est une boisson parfaitement adéquate au visionnage de _L'Arme Fatale_ ? Cependant, que la même boisson avec une pizza ne peut pas accompagner n’importe quel film ? L’on se demandera peut-être : Pourquoi seulement quinze films en un an ? Parce que, comme il le précise, il attendait le « bon moment », ce qu’en langage philosophique on appelle le _kaïros_. Sanchez est donc un artiste _kaïrotique_. Mais j’allais oublier une autre corde à l’arc sanchézien : il sait aussi se faire explorateur-archéologue, invité par Laura Freeth et Kevin Chrismann, la mission était de rechercher la tombe d’une moissonneuse-batteuse ((link: page://1f2e2af1192cdc2c text: _Creuser_)), inhumée durant les années 80 (_cold case_ ?) dans le Gers. Au final, on l’a compris, Matthieu Sanchez est un organique _mirror ball_, et bien malin qui saura en dénombrer les miroirs…