Rien de plus changeant qu’un paysage. Le passage d’un nuage, un rayon de soleil ou même l’orage suffisent à lui donner un caractère différent. Le paysage c’est la perception d’un territoire, un cadrage culturellement construit qui nous pousse souvent à regarder à côté des pylônes électriques et des antennes qui le quadrillent. C’est une histoire de représentations qui peut avoir quelque chose de paralysant et le travail de Lyse Fournier s’apparente pour une part à un travail de déconstruction. L’artiste s’est dans un premier temps plongé dans l’image et avec (link: page://74d760e7a0e71843 text: _La Ruée_), a commencé à reprendre des détails des clichés du photographe-éditeur Sartony qui ont beaucoup servi pour la publicité. Dans cette œuvre de 2018, composée d’impressions sur plexiglass, le motif se brouille et les remous de l’eau apparaissent sans bords. Il n’y a pas de cascade, pas de rivière ou de lacs pour les retenir mais un mouvement du paysage que rien ne contient plus. Un lieu abstrait, un “temps flottant”.
Le support de l’image est une question récurrente dans l'œuvre de Lyse Fournier. Dans les sculptures satellites dont le principe semble déjà amorcées par (link: page://4932730c8efe8757 text: _Concrétions_), des armatures métalliques jouent tout à la fois le rôle de structure et de sculpture. Des ferronneries rappellent celles d’un balcon dans (link: page://71bd6b1229d70257 text: _De ma fenêtre_) (2021), des élancements jouent avec la fonction d’un paratonnerre dans (link: page://90dff859dba4ac18 text: _Dernières heures_) (2019). On pourrait encore songer à un anémomètre avec l’installation extérieure (link: page://ed82373190dd2ced text: _Sizigie_) (2020) et cette stabilité, ce vocabulaire formel de la station météo, semble nous amener à prendre la mesure du ciel et de nos dérisoires efforts de le domestiquer. Quand l’artiste intervient dans l’espace d’une galerie, elle y installe une tension du sol au plafond avec (link: page://512a26c28fe5ffc2 text: _Jet Stream #1_) (2020) et fige à portée du corps des phénomènes optiques d’ordinaires fugitifs. L’impression sur métal restitue bien un éclat, joue avec la lumière comme pourrait le faire un vitrail ; elle crée une approche qui décentre le regard.
L’utilisation de verres colorés et de miroirs à partir de (link: page://0d7f437c831e418d text: _Réflexions_), la série qui de 2020 à 2021 rassemble des œuvres comme _Foudre_ ou _Emblème rayons_, fait appel à la subjectivité de chaque visiteur. Au-delà d’une construction historique et esthétique, le paysage est une expérience que l’on fait individuellement, personnellement, comme le rappelle l’historien Alain Corbin dans le livre d’entretien _L’homme et le paysage_ où il explicite sa méthode de travail et le recours à la littérature, aux journaux intimes et aux correspondances privées. Le texte s’est petit à petit fait une place dans le travail de Lyse Fournier, au travers d’éditions, ou de poèmes repris sur des textiles dans (link: page://e2622404d9da1ce1 text: _Halos_) (2022). Dans le corpus d’œuvres qui constitue la _Fabrique des cieux_, l’artiste en se référant à des moments limites, des temporalités entre le jour et la nuit comme l’heure bleue ou le rayon vert cherche par un travail de filtres, qui ne se donne pas immédiatement mais par instants, à suggérer une coïncidence d’affects, une épiphanie. Lyse Fournier, au-delà de l’évidence, propose ainsi de faire coïncider les cieux et les sentiments.