Pom Pom Pi Doo
Mesdames et Messieurs ainsi que le disait tout à l'heure le président Rigal _la directrice Martine Michard_ma présence ici et évidemment dû d'abord à un penchant devenu naturel pour ce département depuis qu’il a bien voulu m'adopter comme un des siens_une des siennes_mais si j'ai tenu à me rendre à cette inauguration_cet événement_c'est aussi parce que c'était pour moi me semblait-il une bonne l'occasion de prendre contact avec les dirigeants de la profession agricole_culturelle_et de voir avec eux quels étaient les problèmes particuliers de ce département et au moment même où notre agriculture_culture_connaît des mutations et par conséquent des difficultés très grandes, au moment même où nous entreprenons un effort particulier pour un certain nombre de zones considérées comme particulièrement désavantagées par l'évolution, de voir si les mesures que nous avons déjà prises et celle que nous préparons correspondaient véritablement et aux nécessités du département et aux vœux de la profession. D'ores et déjà je voudrais dire ici que nous avons parfaitement conscience des difficultés que les années actuelles représentent pour l'agriculture_la culture_française. Elle est par beaucoup de ces éléments en mutation profonde, en transformation profonde, en modernisation profonde. Elle s’oriente désormais simplement en fonction de besoins locaux ou même nationaux maisaussi en fonction d'un marché européen très large dont on lui a laissé entendre quelquefois un peu trop qu'il serait une bénédiction et qui se révèle aussi quelquefois source de difficultés. (...)
L’agriculture _La culture_du lot était restée de par l’éloignement et de par ses conditions locales un peu à l'écart des transformations générales et qu'aujourd'hui beaucoup se demandent et quelquefois se demandent avec inquiétude, s'il y a encore un avenir. Et bien je voudrais que_de_cette réunion_d’artistes_particulièrement moderne_et_bien équipée ressorte une impression d’optimisme et de confiance dans l’avenir. Tout d’abord parce que contrairement à ce qu'on dit trop souvent l'exploitation familiale_la création artistique_n’est nullement condamnée par l’évolution, ce qui est condamné par l’évolution c'est une certaine forme d'exploitation_d’art_que j'appellerais si vous voulez une exploitation_création_de survivance où la famille_les artistes_travaillant vivaient en quelle sorte sur elle sur les produits de la ferme_de l’amour de l’art_et à l'écart de l'activité économique. Aujourd'hui tout cela est différent, plus aucun agriculteur_artiste_n’accepte et n'accepterait de vivre à l'écart de la transformation économique générale. Il est devenu acheteur, il doit donc être vendeur et il faut que le produit de sa vente lui permette de se procurer les biens dont il a besoin non seulement pour sa propre exploitation_création_mais pour s'assurer un niveau de vie comparable à celui des habitants des villes. Cela suppose, bien entendu de repenser les problèmes de la production agricole_artistique_ça suppose de définir qu'elles sont les productions qui sont rentables, qui sont rentables à l'échelle d'un département, à l'échelle des exploitations_expositions_de ce département, cela suppose de tenir compte des vœux ou des désirs de la clientèle et en plus simplement de la clientèle française mais de la clientèle étrangère. Ne pas produire forcément ce que l’on croit le meilleur, mais ce que les clients demandent même si on juge qu’ils ont tort. Cela suppose des équipements, des équipements très coûteux et qui posent d’eux même le problème de la rentabilité. Et c’est là que peut se situer bien entendu le rôle du Crédit Agricolemarché de l’art. Le Crédit Agricole _marché de l’art_a été à l'origine une sorte de société de secours mutuel entre agriculteursles artistes... et avec l’aide de l’état il est devenu bien autre chose par l’importance des moyens financiers dont il dispose par son extension dans toutes les régions, sa représentation partout. Il est maintenant l'un des banquiers les plus puissants de France mais il doit rester en même temps un organisme de conseil au profit des agriculteurs de l’art.
Ainsi donc, mesdames et messieurs, je voudrais devant un public particulièrement qualifié
pour entendre parler d'agriculture de culture, que vous preniez conscience de l'importance de l'effort qui est fait et qui doit être fait ; importance de l'effort demandé à la profession, dans son organisation ou sa réorganisation, dans ses rapports avec l'administration et sa bonne coopération avec elle, importance de l'effort d'imagination et de l'effort matériel et financier que l'État fait et est prêt à faire. Mais cet effort doit aboutir et non pas simplement nous permettre de durer quelques temps encore. Il doit nous permettre de nous rénover, de nous transformer, et de devenir réellement l'agriculture _la culture_répondant aux besoins de la France et du monde de demain et assurant en même temps à nos agriculteursartistes un niveau de vie convenable. Il y faut, croyez-moi, une action conjuguée et une action de longue durée.
Je ne cherche pas, Mesdames et Messieurs, à éviter le débat politique. Nous aurons l’occasion d’ici peu d’en parler et d’en parler complètement. Mais, en évoquant rapidement le fond des problèmes qui sont en fin de compte d’ordre philosophiques artistique plus encore que politique ou du moins relèvent de la politique au sens le plus élevé du terme, je ne crois pas m’éloigner de la question immédiate, qui est celle de notre jeunesse. Il y a trois jours, au lendemain d’une nuit d’émeute, j’ai délibérément choisi, avec l’accord du gouvernement, l’apaisement et j’ai fait les gestes nécessaires. Aujourd’hui, je fais appel à la coopération de tous, et d’abord des étudiants, et je ferai les gestes nécessaires. Notre pays veut la paix. Notre peuple veut être heureux. Ce n’est que dans le calme et dans la collaboration de tous qu’il en trouvera la voie. Puisse, cette fois aussi, mon appel être entendu.
Texte de la performance, écrit à partir du Discours de Georges Pompidou à Cahors dans le Lot, le 9 avril 1968.