"Mano a mano"

[...] Une empreinte de doigt (une salissure), une barre d’acier qui renvoie à un certain art minimal avec un trait très autobiographique, un appareil de vision où nos yeux sont cachés par deux mains, qu’y-a t-il à voir ? Un dessin figuratif : Nous ne pouvons là nous tromper. Il s’agit du dessin du premier rivage derrière le mur de la galerie, du premier outre-mer à la perpendiculaire de ce mur, comme vu par une fenêtre. C’est une pointe, près de Gourbit, en Algérie. Je ne me suis pas trompé, puisque j’ai trouvé ces informations sur internet; qui plus est, sur google earth [[Je me permets d’appuyer sur l’aspect ironique de cette phrase]]. Et l’on sait la capacité de cette entreprise à localiser quelqu’un ou quelque chose. Le paysage de cette pointe est en réalité, à l’écran, fait de facettes, recréée numériquement. Est ce que je vous trompe alors dans cette version re dessinée, plus proche pourtant d’« un » paysage que de celui trouvé sur internet ? Je crois surtout que la question est celle du regard que l’on porte sur l’autre rive [[Une œuvre de 2014, présentée à l’artothèque de Pessac dans l’exposition "Charleston", s’appelait Amerigo Vespucci, du nom du navigateur portugais]]. [...]

Pierre Labat, "Dois-je me tromper (Lettre à Laetitia Talbot)" (extrait)

Crédits photographiques : Marie Tancré
© Adagp, Paris