Symposium 02-1
{{ Symposium 02-1, 2013}}
Installation et performance
Carton, led, inox et céramique, 170 x 150 x 150 cm
Cette pièce est une première composition constituée d’éléments de la performance Symposium 02. Non réalisée à ce jour, elle en est un épisode annexe. Deux "casques" en carton, issus d’un assemblage de formes architecturales et montées sur des trépieds à trois roulettes, se font face au-dessus d’un plateau de jeu énigmatique au centre duquel trône un récipient ornementé et émaillé couleur chair. Le trio initial qui compose Symposium 02 se réduit ici à un duel. Au départ, il s'agit une assimilation très personnelle du mythe des trois Parques. Ces trois sorcières possédant les pleins pouvoirs de la fortune sur chaque être humain tout en étant elles-mêmes condamnées à devoir exécuter leur propre destin, scellées l’une à l’autre sans pouvoir jamais se séparer ni même quitter leur poste.
La particularité de mon travail réside dans l’intégration des personnes de mon entourage familial en des mythologies uchroniques. J’ai ainsi constitué un schéma scénaristique qui évolue depuis plus de trois ans. Mes deux sœurs ayant déjà acquis dans ce scénario perpétuel les qualifications de dictatrices (en deux systèmes politiques opposés) je voulais créer à travers le modèle des Parques une rencontre, une réunion des trois sœurs dans un système qui leur ressemble. Un processus d’interpénétration qui n’a de logique que dans l’association que je crée. La plus vieille des Parques donnant respectivement ses pouvoirs, sa situation et son caractère à la plus âgée de mes sœurs, qui elle lui lègue ses attitudes, anecdotes et tempéraments. Il en va de même pour les suivantes. Soit, pour cette épisode, une volonté de contrôler le monde, le pouvoir de manipulation du destin, tout en subissant leur attachement mutuel, leur impossibilité à jamais de se séparer totalement malgré leurs aspirations différentes. Chacune d’elles porte un casque contraignant qui reflète autant sa position chronologique dans le trio que son tempérament ou ses obsessions. Les structures architecturales sont composées selon un circuit fermé sur lui-même. Au centre de leur espace de dialogue trône un récipient de composition organique, chaudron aux apparences de blob de chair qui constitue la vaisselle symbolique de cet instant de partage. Un quatrième personnage dans lequel elle peuvent fuser symboliquement.
Ici, il s'agit d'une rencontre entre la plus âgée et la plus jeune autour du plateau de jeu énigmatique. C’est une partie qui est engagée, un duel étrange à partir de règles à établir lors d’une performance qui activera les objets où le coca deviendra la boisson qui abreuvera autant les protagonistes que le récipient. _Symposium 02-1_se place comme un récit plastique parallèle, une sorte d’événement apocryphe deSymposium 02.
Lou-Andréa Lassalle-Villaroya
Symposium 02, seconde expérience.
Les lumières sont déjà éteintes quand vous entrez dans la salle, vos yeux font un effort pour distinguer de faibles lueurs et vous apercevez autour d'une table trois femmes assises, le visage caché par d'imposant casque-maquettes, encastrées dans la table, faisant corps avec cet inox froid, et qui lentement dans la pénombre se mettent à s'activer machinalement. Les trois soeurs, les trois moires, tissent le fil de la vie, jouent avec. Elles sont reliées par une véritable architecture contraignante qui les rendent prisonnières des liens qui les unissent, et qu'elles continuent de tisser. On se retrouve au coeur d'un complot de sorcières unies par une rivière de Coca Cola, véritable fleuve de vie, transfusion à bulles chimiques, sang artificiel ; symbole familial, graal de l'enfance. Cette union symbolique par le fluide évoque des films cultes de jeunesse, qui n'a jamais rêvé un jour de faire de la magie et d'être secrètement une sorcière. Ces histoires d'étudiantes déguisées qui invoquent les esprits et s'unissent par les liens du sang, ces confréries nocturnes qui se réunissent dans les sous bois pour boire le vin du péché, ces sectes romancées qui se passent la coupe du diable pour être ensemble et contre tous. Le communautarisme identitaire par la passation d'un liquide sacré. Du Coca Cola et de la nicotine, contre toute attente de vie sage, les trois moires fument et jouent avec leur vies. L'épais brouillard des cigarettes remplit la scène première de Macbeth.
On assiste à une consécration judéo-chrétienne, un cauchemar éveillé qui mystifie le cercle familial dans un mouvement répété à l'infini. Une sorte de refrain en boucle d'un rituel clos. On assiste à des dynamiques internes de jeu de pouvoir, l'une tient le fil passivement, l'autre crée des images avec et l'autre le brule pour le couper. Le désœuvrement, la création, la destruction, différents stades qui produisent des œuvres.
Au centre le Blob cake, qui fait blurp quand on lui donne du Coke et qui vient le recracher. Ce rejeton organique mi gâteau mi chair à vif Cronembergien, est un véritable monstre nourrit au fluide du mal. Il a presque le hoquet, il en dégouline. Le cerveau des trois femmes semble matérialisé dans cet immonde bubble gum avarié mi alien-mi clafoutis. Il est la boule de cristal, il est le monstre qui absorbe la vie, il est la coupe qui reçoit le sang, le calice dégénéré d'une sororité désenchantée. Il est là au milieu, stratégiquement placé, ce récif rocailleux et gluant où vient s'écraser la mer intérieure de Coca, ce lieu informe, ce volcan rose.
Les trois femmes portent sur leur têtes leurs prisons dorées étriquant leur cervelle paralysée dans leur instance de pouvoir, des maisons labyrinthes où la seule issue est encore de faire le tour en se regardant de l'extérieur, des cellules architecturales contenant des éléments décoratifs qui symbolisent leur caractères propres, donjons étriqués de leurs pensées tournées vers elles-mêmes, égo trip égo brique. Des mondes auto-centrés, des royaumes enchantés où elles règnent en robes de deuil. Elles font tempête sur Blobby, qui se met à jaillir. A vomir comme une fontaine détraquée. Il régurgite le liquide qui coule dans une rivière en ébullition et qui reviendra nourrir les trois moires, dans le noir de la nuit, dans les ténèbres du jour le plus long. Et de temps en temps quand le bruit de leur turbulences colériques remonte à la surface, ces trois phares inversés de leur conscience s'allument, les empêchant de sombrer à nouveau dans la démence.
Les lumières se rallument, les cendres flottent dans le Coca plat, les femmes semblent échouées sous leur casque, les dernières petites ampoules clignotent et Blobby semble déjà mort.
Laurie Charles
Texte narratif accompagnant le projet et remis aux visiteurs
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Documents de recherche
Performance Symposium 02, 2013
Encre sur papier et colorisation numérique