Le désert de Solenn-San
Base arrière/Chantier public, Poitiers, 2017
Exposition en duo avec Fabrice Croux
Commissariat : Virginie Lyobard
Crédits photographiques : Lou-Andréa Lassalle-Villaroya
On a été invité à investir un jardin abandonné, on y a trouvé le portrait gravé sur bois de celle qui y vécût en ermite.
L’entrée du désert
Le son des fontaines, des grillons et des oiseaux m’entourent. En dessous du cerisier, une source et des pivoines. Devant moi, un chemin mène aux deux grottes où jadis d’autres que moi trouvèrent refuge. Mon regard embrasse le jardin, cette faille que j’ai patiemment arrachée à la falaise.
{{ Fontaine, 2017}}
Installation in situ : bois, béton, bâche, carton, eau, pompes
Entre les deux escaliers
Assise ici, durant de longues heures, j’orne mes pierres qui s’amoncellent dans un coin. En contrebas, en creusant dans la roche, j’ai découvert cette forme si particulière. Je ne saurais dire si c’est un caillou, un fossile ou l’invention d’un autre.
Dans la grotte de gauche
Une arche, une fontaine, treize petites sources pour mes treize compagnons. J’ai bâti ici un monument où se reposent les tumultes de mes vies passées.
{{ Le tumulte de mes vies passées, 2017}}
Installation in situ : bois, béton, bâche, carton, eau, pompes, éclairage
Sur le petit banc en pierre
Des échos du temple me parviennent depuis la brèche. Sur mon côté droit elle est là. Silencieuse et massive, sa position lui donne l’air d’un tas à la respiration tranquille. Parfois je me dis qu’elle sera là pour toujours.»
Virginie Lyobard, Lou-Andrea Lassalle-Villaroya, Fabrice Croux
Texte accompagnant le projet et remis au visiteurs
{{ Éventail, 2017}}
Impression à l'effigie de Solenn-San et bois,
Texte imprimé au dos
19 cm de diamètre
Objet remis aux visiteurs
"Nous ne savons rien de Solenn-San avant l'année 1867 où elle a approximativement une vingtaine d'années quand Tokugawa Akitake (1853-1910) (14 ans à l'époque), frère cadet du shogun Tokugawa Yoshinobu, débarque sur les côtes bretonnes.
Tokugawa Akitake mène la délégation japonaise à l'Exposition universelle de 1867 à Paris où le Japon possède son propre pavillon. Il est désigné émissaire spécial pour la France et chef de la délégation japonaise à l'exposition de Paris le 28 novembre 1866.
La mission quitte Yokohama le 11 janvier 1867 et arrive à Paris deux mois plus tard par la Bretagne. C'est lors de quelques promenades sur les ports bretons qu'il rencontre Solenn, fille de marin, indépendante n'ayant pas encore pris mari car habité par le rêve de devenir guerrière. Il en tombe fou amoureux. Il la convainc de le suivre d'abord à Paris où il part poursuivre ses études.
Il l'amadoue peu à peu en l'initiant aux légendes des samouraïs et alors qu'il apprend qu'il doit retourner au japon lors de la restauration de Meiji en 1868 il lui fait bientôt miroiter qu'elle peut, si elle le suit, devenir elle-même samouraï.
C'est en arrivant au japon que Solenn découvre que les femmes ne peuvent endosser la carrière de samouraï. Elle se grime alors en homme et parvient à devenir guerrier sous le nom de Solenn-San, prénom unisexe puisqu’exotique pour les japonais. Tokugawa Akitake ne se résoudra pas à abandonner sa belle malgré le risque qu'elle lui fait prendre et continuera d'entretenir avec elle une relation, la retrouvant entre deux combats. Le nom de Solenn-San se pare bien vite d'un respect gagné au prix de ses victoires et faits d'armes pour le compte du Shogun Yoshinobu, frère de son amant.
Elle est démasquée un jour, en apprenant la nouvelle le shogun la bannit. Elle devient alors selon la tradition japonaise : ronin. Akitake couvert de honte n'a d'autre choix que de la répudier et ne pourra plus jamais revoir Solenn.
Solenn désormais Solenn-San confectionne son propre costume et erre en guerrière bientôt rejointe par d'autres ronin [[dans le Japon médiéval, un samouraï sans maître]] femmes. [...]"
{{ Biographie de Solenn-San, 2017}} (extrait)
Virginie Lyobard, Lou-Andréa Lassalle-Villaroya et Fabrice Croux
Texte narratif accompagnant le projet